vendredi 1 mai 2020

Et ces albums-là, les connaissez-vous ?




Le temps passe… Il y a peu de nouvelles, le confinement est de rigueur, le quotidien presque banal. Certains de nos proches amis ont été touchés par le corona mais s’en remettent bien. C’est presque difficile à dire, mais nous avons de la chance d’habiter à la campagne: nous sommes très vite dans les champs, dans les plantages quand nous voulons nous aérer; les personnes vivant en ville, en appartement ont parfois moins d’occasions de s’échapper pour aller s’oxygéner.
J’ai quelques cartes postales à partager.
La première est une carte postale pleine de bonne humeur. Il faut voir Madicte le matin, au petit déjeuner ! Il y a quelques jours, elle s’est mise à danser sur l’air du « Ma na ma na » des Muppets ! Une autre fois elle réinvente du Simon et Garfunkel, une autre fois c’est gare au gorille, une autre fois elle cherche les paroles d’une chanson de Renaud… Un matin elle était à la salle de bains et cherchait les paroles de la Salsa du démon. Et j’en passe ! Le matin n’est jamais triste ici. Je ne vous décrirai pas certaines chorégraphies autour du lit quand elle va chercher ses vêtements au dressing. Courage, bonne humeur, force, elle a tout l’attirail de la joie !


Une autre carte postale pleine d’émotion… Les extrêmes se cotoyent sans état d’âme. Myselle, la demoiselle qui a été présente auprès de Madicte et de toute sa fratrie pendant plus de 20 ans, s’est éteinte en douceur une semaine avant Pâques ; A cause du corona, nous ne pouvions plus lui rendre visite, mais par Whatsapp nous avons pu lui dire au-revoir. Elle ne savait plus parler, mais on voyait qu’elle était présente quand Madicte lui chantait un chant en direct. Elle caressait l’écran du smartphone de son infirmière en y voyant Madicte. Pendant des années elle a donné, elle a été présente auprès de chacun. A partir de sa mise à la pension, elle passait chaque semaine une journée à la maison, et durant des années elle allait encore un WE sur deux chez mes beaux-parents. Elle s’est occupée de la génération suivante, elle nous a tant donné (à nous et aux autres de la fratrie), je ne saurais pas tout citer. Pour Madicte, c’est un grand vide, une histoire qui se termine. Merci Myselle !


Une carte postale « même dans les vieux couples, il y a encore des « première fois ». Madicte commençait à trouver ses cheveux trop longs… Elle m’a fait confiance et je les lui ai recoupés. D’abord j’ai dégrossi aux ciseaux en essayant d’imiter les coiffeurs dans leur manière de tenir les cheveux et de couper ce qui dépassait des deux doigts de longueur. Puis j’ai égalisé avec la tondeuse. Résultat pas trop catastrophique, elle n’a pas demandé le divorce pour maltraitance, humiliation en public ou abus de pouvoir. Nous avons fait cela au jardin, laissant les cheveux dans l’herbe. Le lendemain matin Madicte a photographié une bergeronnette qui emportait des (petites) touffes de cheveux pour améliorer la douceur de son nid ! Rien ne se perd ! Une autre « première » : j’avais demandé à Madicte de s’occuper du renouvellement de l’antivirus de mon ordi. Le lendemain elle me parle de l’antivirus et me donne des détails qui ne trouvaient pas leur place dans la case « compréhension » de ma p’tite caboche. Elle parlait de mon ordi et moi, ayant en tête le problème du corona, je ne voyais pas ce que l’informatique allait régler au niveau planétaire.
Emilie nous demande ce dont nous avons besoin quand elle va faire des courses, nous sommes donc épargnés de courir le risque dans les magasins. Nos seules sorties se font au jardin ou lors des balades à vélo. La campagne est belle avec les arbres en fleurs sous le soleil et sans trop de touristes, tout cela nous donne une impression de calme, de sérénité. Madicte suit ses cours de photographie via vidéo-conférence. Elle a cousu des masques pour des amies infirmières qui font des visites à domicile. C’est du travail sérieux: il y a des plis à faire, il faut une poche intérieure pour y glisser un filtre. Dans les coffres à trésors de ma femme, il y a de nombreux tissus qui parfois me donnaient envie de faire un grand feu… Voilà que certains ont trouvé une nouvelle destination : ses draps « de jeune fille » de l’époque où elle était au pensionnat, de vieilles serviettes damassées blanches très grandes, comme on n’en emploie plus. Tout ça a servi !
Depuis le début du confinement, nous avons droit à un mini concert chaque soir à 20.00 h ! Mon beau-frère Yvan nous chante quotidiennement une chanson de Renaud ! Bravo mec ! Talent, constance, plaisir !
Je suis touché comme beaucoup veillent sur nous: des mails, des coups de fils, etc… Raymond a emporté mes roues pour y injecter un produit anti-fuites. Tant qu’il y était il a pulvérisé nos buis, qui ont pour la première fois cette année accueilli ces chenilles qui se régalent des feuilles de buis. C’est bien la plante que je préfère dans notre jardin, il y en a un peu partout, d’origines diverses, venant de Wasmes, de Thimougies, de chez Marcel le voisin, de St Michel d’Euzet, de Nieuwenhoven, … Ils ont tous une histoire. Je serais triste de les voir crever.

Quelques idées « musique » : j’ai trouvé sur Youtube la musique générique de fin du feuilleton « Alice Nevers, le juge est une femme », il s’agit du groupe Pride, le morceau s’appelle Syntax. Il y a aussi tous les concertos (certains puristes préfèrent le pluriel concerti) de Vivaldi pour piccolo. Enfin une version étonnante de la chanson de Barbara « Quand reviendras-tu ? » par Gérard Depardieu (si si).
Courage, le déconfinement est en vue à l’horizon ! (horizon : ligne fictive qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on s’en rapproche)

jeudi 30 janvier 2020

Onkruid vergaat niet



Nous revoilà, ayant tourné le dos à une année qui n’a pas été que bonne. Mais il y a pire : quand je pense à Hiroshima, le 1ier janvier 1944, où les gens se sont souhaité une bonne année, je ne m’en tire pas trop mal. Chaque jour je mesure la chance que j’ai d’être toujours là, un peu diminué mais toujours vivant !
J’ai quelques cartes postales à vous envoyer…

Une carte postale intitulée « le tout est une question de discrétion » : L’action se passe à St Truiden, au magasin de la Mutuelle, où je me rendais pour acheter des culottes anti-fuites. Imaginez un grand espace où les gens font la file de manière désordonnée devant un guichet qui est en fait un bureau ouvert sans aucune intimité. Quand vient mon tour je m’approche de la table et discrètement je demande à la dame si elle a en stock des « Pands ID », ou des « optrek broeken ».
-La dame, supposant que je suis sourd et peut-être un peu limité, me demande bien fort « Vous ne préférez pas des langes, ce n’est pas plutôt ça que vous voulez dire ? ».
-Moi « Je ne veux pas de langes, puisque je demande des culottes anti-fuites ».
-La dame « Oui, mais quel degré d’absorption vous faut-il ? »
-Moi « Ben, des qui absorbent bien, je n’ai pas la vessie d’un hamster… »
-La dame « D’accord, et quelle taille ? »
-Moi « Certainement la taille L, je suis assez grand, ça ne se voit pas quand je suis assis ».
-La dame « D’accord, mais quelle quantité ?  Nous en avons par paquets de 10, ou par cartons de 8 paquets de 10 ».
-Moi « Je prends toujours un carton, pour ne pas devoir revenir trop souvent parce que c’est un peu gênant d’acheter ça devant tout le monde ».
-La dame « Ah mais oui, je vois tout ça dans l’ordinateur : vous prenez toujours la même chose ! Vous avez raison monsieur, c’est plus simple. Et ces culottes sont aussi plus discrètes à porter que des langes ».
Grand avantage : tout le monde autour de nous sait maintenant ce qui est le plus discret.

Une carte postale « chance » : papa m’avait parlé de la deuxième voiture de Wasmes : une Peugoet 402 de 1938. Il se souvenait qu’il en existait une photo sur laquelle on voyait bon-papa de Wasmes lorsqu’il a été mobilisé en 1938. On y voyait bon-papa en tenue militaire et dans le fond il y avait la Peugeot. Dans les 3 m³ de paperasses ramenés de St Géry, j’ai trouvé LA photo ! On y voit la voiture, ou plus exactement la moitié de l’arrière de la voiture... Cette photo complète ainsi la série de photos des voitures familiales. Pour la petite histoire, papa m’a expliqué que lorsque bon-papa a été mobilisé, il s’est vu confier la conduite d’un camion. Il a simplement refusé, disant qu’il ne conduirait jamais de camion. Il a obtenu gain de cause et a été affecté à un service administratif durant quelques semaines avant d’être renvoyé dans ses foyers.

Une carte postale « philosophie » : ces derniers mois, suite au départ volontaire  de Marieke, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens de tous bords pour écouter des avis, des remarques et des questionnements à propos de l’euthanasie. Des gens du monde de la Loi, de la médecine, de la psychologie, de la philosophie, des parents, des enfants, des croyants et des laïcs, des personnes en bonne santé et d’autres mal en point. C’est un sujet qui brasse des idées, des opinions très différentes, souvent opposées, parfois nuancées. J’ai entendu que la Belgique est un des rares pays qui a une loi claire et nette à ce sujet : les procédures sont définies, cadrées. Le monde de la médecine est partagé entre se tenir à l’éthique professionnelle et accepter que la science et la médecine sont impuissantes dans certaines situations, mais avouer son impuissance ne veut pas dire accepter d’ouvrir toutes les portes. Le respect de la Vie passe par le respect de la personne. Le respect de la Vie passe par l’acceptation que Dieu seul décide. Qui du conjoint ou des parents ou des enfants peut valider ou s’opposer à une décision prise par une personne ? Qui peut décider pour quelqu’un d’autre si la souffrance est supportable ? Ceci ne représente que les grandes lignes de ce que j’ai entendu. Je n’ai que peu d’expérience en ce domaine, mais pour avoir vu Marieke se tordre de douleur, tomber inanimée, crier voire hurler, alors que les anti-douleurs n’agissaient plus, n’avoir aucun répit ou période sereine, l’avoir vue ainsi, je partage son choix de dire « j’ai donné, j’ai même donné le meilleur de moi-même, sur le plan sportif, sur le plan humain (elle a soutenu nombre d’œuvres), je choisi de m’arrêter parce que je n’en peux plus ». Je repense souvent à ce petit bout de phrase d’une chanson de Jacques Brel « Mais voir un ami pleurer… » et n’avoir rien à lui offrir. C’est terrible ! J’ai connu Gunther, qui en août 2014, était un pilier pour les revalidants à Pellenberg et qui en décembre de la même année a choisi de se suicider car il n’en pouvait plus de vivre avec son corps pour ainsi dire emprisonné dans le handicap. L’actualité côté néerlandophone relance le sujet de l’euthanasie ; comme de bien entendu, la presse francophone n’en parle pas tellement…

Une carte postale « Fais attention à mes pieds, espèce d’égoïste ». Je voulais entrer dans un magasin à Koksijde ; devant moi un couple de pensionnés entre également. Monsieur franchit la porte et part à droite, madame franchit la porte et s’arrête. Elle hésite, regarde à droite, fait un pas à droite, s’arrête. Puis fait un pas à gauche et s’arrête à nouveau. Je laisse passer quelques secondes puis voyant qu’elle ne bouge plus, j’avance vers la gauche, où il y a largement assez de place pour passer. Evidemment, c’est au moment où je suis à sa hauteur qu’elle se remet en route vers la gauche. Nous nous touchons. Aussitôt elle me frappe d’un coup de poing et commence à crier que je dois faire attention, que je lui ai roulé sur le pied, que c’est toujours la même chose avec les handicapés, qu’ils se croient tout permis. Si ma roue lui était réellement passée sur le pied, elle n’aurait pas eu l’occasion de me frapper (c’est assez lourd et douloureux, demandez à Madicte ! A ce moment-là, on ne frappe pas, on se centre sur sa propre douleur). Je me suis contenté d’avancer dans le magasin en continuant son argumentation, en lui disant qu’en effet, on ferait mieux de les enfermer ces handicapés, de les attacher pour qu’ils arrêtent de nuire à l’extérieur et de causer du tort aux braves gens…

Une carte postale « Madicte au quotidien » : il y a des jours où le soleil est intérieur, où il brille dans les yeux de ma femme. Je la vois alors danser soit à la cuisine, soit dans la chambre, sur une musique qui passe à la radio. Elle chante du Simon and Garfunkel aussi bien que du Joe Dassin, du Françoise Hardy. Sa bonne humeur me porte, me relève à l’occasion. Cette chance que nous avons de faire ensemble la même croisière, avec son lot de tempêtes et de vents favorables me fait croire en la Vie ! Tu es terrible ma douce ! Tu dédramatises mes soucis, tu ris là où je voudrais râler, tu souris là où je voudrais m’excuser.

Parmi les cartes postales de notre enfance, en voici d’autres retrouvées au fond d’un vieux carton :
Au début du mois de septembre, il y a avait le rituel des cahiers à recouvrir. Papa était le champion dans ce domaine. Je le regardais faire, comment il pliait, coupait, demandait que l’on mette un doigt sur un pli. Jamais il n’utilisait de papier collant : ses pliages suffisaient à tout maintenir. Quand nous allions en vacances à la mer, on faisait des trous dans le sable sur la plage pour trouver de l’eau, c’était une découverte extraordinaire à chaque fois. Quand on allumait la radio ou la TV, les lampes devaient chauffer, il fallait attendre quelques secondes avant de pouvoir entendre ou voir l’émission. A propos de chauffer, quand nous avions de la fièvre, maman secouait le thermomètre, pour baisser le niveau de mercure. Sur les bouteilles de lait Stabilac, il était écrit « Rincez-moi svp / Spoel mij aub ». Au collège à Bruxelles, il y a avait de la bière de table en bouteille pour le repas de midi (et aussi des cruches d’eau !), si je me rappelle bien, c’était de la Piedboeuf. Il y avait à la toilette chez bon-papa et bonne-maman de Bruxelles une petite bouteille qui contenait un liquide qui « sentait bon », ou qui du moins masquait les odeurs, c’était de l’Air Wick. Il y a 50 ans, quand on regardait les toits des maisons, elles avaient presque toutes une antenne TV. En 1968, le permis de conduire est devenu obligatoire : il suffisait de le demander à l’administration communale ; jusqu’alors, les gens roulaient sans permis de conduire. Dans le journal « La Libre Belgique », il y avait un supplément pour les enfants le mercredi « La Libre Junior ». A l’école, nous étions abonnés à un petit journal « Bonjour », « Dauphin » ou « Tremplin », en fonction de l’année où l’on était. Mon premier livre érotique : le catalogue UNIGRO (fin des années ’60), vite remplacé par le catalogue des 3 Suisses ! Les chaussures Kiekers sont arrivées dans le commerce quand j’avais plus ou moins 15 ans ; j’avais de trop grands pieds et il n’existait pas de Kiekers à ma pointure (gros traumatisme de l’adolescence : n’avoir jamais porté de Kiekers). Quand nous allions faire des achats à l’Innovation à Bruxelles, il y avait un grand vide au milieu du magasin, les rayons occupaient les côtés, un peu comme un grand balcon. Tout en haut il y avait un restaurant self-service. Les entretiens des voitures se faisaient tous les 4000 km ou une fois par an (mon véhicule actuel demande un entretien tous les 40 000 km). Quand j’avais 6 ans, nous sommes partis en vacances dans le Sud de la France ; il n’y avait pas d’autoroutes, le trajet a duré 3 jours. On disait, quand j’étais petit, qu’il ne fallait pas laisser un vélo exposé au soleil parce que les pneus risquaient d’éclater. Nous étions obligés d’aller au Salut le dimanche après- midi. Chaque enfant à son tour devait lancer une dizaine d’Ave, ayant entre les mains le chapelet du curé. Le jeu consistait à en faire plus que dix sans avoir de remarques de notre maître à penser. 1968 et 1969 ont été pour moi deux années importantes sur le plan voitures de courses : apparition de la Ford Escort puis de la Ford Capri, toutes deux mises sur les marches des podiums grâce à Yvette Fontaine. A la TV, quand il y avait des films interdits aux mineurs, ils étaient  signalés par un carré blanc dans le coin inférieur droit de l’écran (et la speakerine insistait sur le caractère « réservé aux adultes »). La série de films « Angélique » était cataloguée ainsi. On mettait de véritables bougies dans les sapins de Noël, mais il semble qu’il fallait être prudent quand-même.

Voilà, c’est fini pour cette fois-ci. J’ai redécouvert Donovan, un chanteur un peu « fleur bleue » du début des années ‘70. A l’époque j’aimais bien, mais à part deux ou trois titres, ça n’a pas bien vieilli…



vendredi 6 décembre 2019

Enfin ensemble!


Nous revoilà enfin ensemble après quatre mois de vie entre parenthèses. 
Pierre s’est débattu comme un lion contre les microbes et l’adversité, Fénix renaissant pour la deuxième fois de ses cendres. Il m’émerveille tous les jours par sa force mentale et son optimisme à toute épreuve.
Le voilà de retour à la maison et tout d’un coup la vie me semble plus légère, plus lumineuse.  Je me demande si je suis bien la même personne.  Son retour à l’effet d’un interrupteur à nouveau actionné.  Ma joie de vivre était en veille, je fonctionnais sur l’éclairage de secours. Je profitais d’une liberté maximale, libre comme le vent de mes horaires, de mes déplacements, de mes activités et pourtant, le cœur gros de vivre une solitude non choisie, habitée au début d’une sérieuse inquiétude sur son sort.   Sept interventions chirurgicales, des semaines de traitement aux antibiotiques, 12 kg de perdus l’avaient complètement mis à plat.  Les deux mois de revalidation chez ses anges préférés ont de nouveau fait des miracles. La mayonnaise a pris, on est reparti !!!
Merci à tous les anges qui ont veillé sur lui et il n’y a pas que ceux de Pellenberg à qui je pense…. Merci à nos familles et amis qui nous ont tous deux soutenus pendant ces longs mois d’épreuve !

Sa toute première sortie fut pour faire nos adieux à notre amie Marieke qui avait pris la clef des champs éternels. Elle reste présente dans nos cœurs et nos pensées, son humour, sa force mentale, son courage, son amitié tendre et drôle à la fois sont gravés en nous à jamais.  Il était prévu un lâcher de papillons à la fin de la cérémonie, mais ce n’est plus la saison des papillons et donc cela n’a pu se faire. Le 31 octobre, deux jours après ses funérailles, un papillon s’est posé près de moi.  Pour moi c’était un message de Marieke pour dire qu’elle était bien arrivée de l’autre côté, là où la lumière ne s’éteint jamais.
Ik denk niet aan wat nog komen zou
Hoe mooi het had kunnen zijn
Ik onthou liever al ben ik in de rouw
Wat prachtig was en fijn
Ik vraag me niet af waarom het was
Dat het noodlot die wonde sneed
Ik onthou liever hoe mooi het leven was
Dan al dat diepe leed
Voor duizelingwekkend groot verdriet
Bestaat geen medicijn
Want we weten maar beseffen niet
Hoe onvoorstelbaar kwetsbaar wij wel zijn
Want magische woorden zijn er niet
Het lot valt ons diep en zwaar
Niets verzacht ons groot verdriet
Dus steunen we mekaar
Al is het gemis zo triest en hard
Wij denken aan elke lach
Die blijft voor eeuwig in ons hart
En troost ons elke dag
Voor duizelingwekkend groot verdriet
Bestaat geen medicijn
Want we weten maar beseffen niet
Hoe onvoorstelbaar kwetsbaar wij wel zijn
Voor duizelingwekkend groot verdriet
Bestaat geen medicijn
Want we weten maar beseffen niet
Hoe onvoorstelbaar kwetsbaar wij wel zijn

(Bart Peeters, Wat nog komen zou)

Souvent nous nous disons que nous sommes des chançards !  L’adversité ne nous épargne pas, mais nous sommes entourés de tant de belles personnes bienveillantes et positives, gentilles et aidantes. Quel cadeau d’avoir de la famille et des amis pareils ! Merci à vous qui lisez ces quelques lignes et qui faites partie de ce cercle lumineux. Sans vous nos vies seraient bien plus sombres ! 

mercredi 4 décembre 2019

Come back

Eindelijk terug in ons kustnestje, na 4 maanden hospitalisatie!

Enfin de retour dans notre abri côtier après 4 mois d'hospitalisation!



dimanche 17 novembre 2019

Mains



La main qui offre un chocolat.
La main qui a toujours froid.
La main qui se cache pour ne pas montrer qu’elle est déformée.
La main qui redécouvre le plaisir de caresser.
La main qui apporte le repas, qui aide à couper les aliments.
La main qui ne bouge plus depuis l’accident.
La main qui depuis deux jours permet au pouce de bouger.
La main qui apporte une lettre et la dépose sur l’oreiller.
La main qui lève le pouce pour te féliciter.
La main qui frotte le dos en signe d’amitié.
La main qui termine la lettre par un cœur, par un petit dessin.
La main qui aide le mouvement encore incertain.
La main qui passe le sel à table.
La main qui applaudit celui qui a enfin réussit l’impensable.
La main qui laisse s’échapper la tasse.
La main qui ramasse les morceaux de la tasse.
La main difforme gênée que l’on regarde avec curiosité.
La main qui tapera le rapport sur le PC, si celui-ci veut bien fonctionner.
La main qui n’attend qu’une chose : rentrer à la maison.
La main qui passe des heures à gratter les démangeaisons.
La main qui allume une bougie.
La main qui a mal et réclame un peu de répit et qui supplie.
La main qui sans hésiter va piquer pour enfoncer l’aiguille.
La main qui essuie une larme.
La main qui sue, qui rame. 
La main qui s’applique à écrire une carte postale.
La main réconfortante qui se pose sur l’épaule de manière amicale.
La main qui renonce à faire avancer la chaise roulante avec dépit.
La main qui ira nettoyer le vêtement souillé et le déposera durant la nuit sur la chaise à côté du lit.
La main qui se crispe à cause d’un spasme, encore une fois.
La main qui redécouvre les sensations de chaud et de froid.
La main qui jalouse l’autre main.
La main qui remet à demain.
La main qui arrive trop tard avec le mouchoir.
La main qui t’aide à couper ta poire.
La main qui retrouve une couleur normale quand les traces de brûlures disparaissent.
La main qui chaque semaine récupère force et adresse.
La main qui a renoncé à se battre.
La main qui est toujours prête à aider et qui se coupe en quatre.
La main qui tremble en portant la cuiller à la bouche.
La main qui vient te frictionner sous la douche.
La main qui t’explique pour la cinquantième fois, avec la même patience.
La main qui n’a pas encore assez confiance.
La main qui te montre par la fenêtre les beautés de l’automne.
La main qui se gante pour vider le rectum.
La main qui, de chambre en chambre va prendre la tension et la température, avec le même sourire à chaque fois.
La main qui à elle seule va couper le morceau de viande pour la première fois.
La main qui soulève péniblement les petits objets.
La main qui apporte le thé. Ah non, j’avais demandé du café, pas du thé. Mais avec du sucre et pas de lait.
La main que l’on attendait pas et qui dépose un petit cadeau sur la table de la chambre vide.
La main puissante qui te pousse quand ça monte avec ce sourire qui te déride.
La main de l’athlète paralympique que j’ai tenue dans la mienne quand nous disions à-Dieu, pour laquelle il n’y aura pas de rime et à qui je dédie ces quelques lignes.




mercredi 13 novembre 2019

Life’s a piece of shit, just remember the last laugh is on you


Voilà, je suis à Pellenberg depuis le 23 septembre ! Le début de mon séjour en revalidation a été ponctué par quelques retours originaux à Gasthuisberg. Retours variant entre petit passage aux urgences et en urologie ou encore séjour « pour examens complémentaires » suite à des infections, des variations anormales de tension et des poussées de fièvre. Avant cela, il y a eu les 4 semaines qui ont suivi la dernière opération qui ont été très monotones : d’abord une dizaine de jours devant rester uniquement sur le côté droit, puis un peu à la fois la chirurgienne m’a autorisé à me mettre sur le dos. Mais sans avoir l’occasion de sortir de ma chambre, sauf une fois, quelques jours avant mon transfert : un contrôle urologique m’a amené au rez-de-chaussée. C’est ce qui m’amène à ma première carte postale… qui n’en n’est pas une, car c’est une non-histoire.
Nous sommes dans un long corridor, la dame de la logistique pousse mon lit (tous mes déplacements durant cette période se faisaient en lit) et arrive face à nous un groupe de policiers. Immédiatement j’échafaude un mini scénario qui, selon moi, devrait faire sourire. Donc je commence par imaginer que je vais disparaître sous ma couverture et trouver une phrase à dire. Quelque chose du style « Dis-leur que tu ne m’as pas vu ! », ou alors « C’est pas moi, j’vous jure ! », ou peut-être « Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat »… Ayant un choix à faire rapidement et le groupe de policiers se rapprochant, je me suis dit que j’allais laisser tomber ma tentative. Grand bien m’en pris… Le groupe de policiers accompagnait un homme menotté que je n’avais jusque-là pas remarqué. Comme quoi, parfois, le silence est le meilleur des choix.
Carte postale « accueil à Pellenberg » : Je suis impressionné par le nombre d’infirmières, aides-soignantes, de kinés et ergos qui m’attendaient. Il y a eu une sorte de défilé dans ma chambre les deux premiers jours. Un mot d’accueil sur le petit tableau en face de mon lit. Sans compter la visite surprise de Koen, un ancien compagnon de revalidation d’il y a 5 ans. Il passait par là et a appris que je séjournais à nouveau dans la section 233.
Ma nouvelle adresse est donc :

Revalidatiecentrum UZ Pellenberg
Eenheid 233 – kamer 1
Weligerveld 1
3212 Lubbeek – Pellenberg

Ma revalidation a réellement démarré voici 4 semaines. La force faisait défaut, les muscles recommencent à travailler. Il faut réapprendre les transferts, les manœuvres avec la chaise roulante. Et… réapprendre à avoir confiance pour tout cela ! La condition physique est déplorable, je n’ai plus aucune résistance à l’effort. On y va progressivement.
J’ai quelques cartes postales que je vous partage volontiers.



La première a trait au départ de Marieke Vervoort. Il y a 5 ans, elle a fait un séjour de quelques semaines à Pellenberg et nous y avons fait connaissance. Elle m’a tiré la tête hors de l’eau à une époque un peu difficile, elle m’a botté le derrière lorsqu’il le fallait. Nous avons gardé le contact et sommes allés régulièrement chez elle à Diest, ou lui rendre visite lors de ses nombreux séjours en clinique à Diest ou à Jette. Elle nous a partagé sa décision de se faire euthanasier. Un jour nous lui avons proposé de l’aider à élaborer la cérémonie d’à-Dieu, lors de son enterrement, ce qui nous a donné de vivre de beaux moments de proximité et de partages. Lors de mon dernier séjour à Gasthuisberg, Madicte et moi avons eu le privilège de la rencontrer, chacun séparément, alors qu’elle y était elle-même hospitalisée. Moments intimes, intenses. Connaissant la date fixée pour son envol, nous savions que c’était pour chacun le dernier « au-revoir ». Les mots, les gestes de ces moments-là sont dans le coffre « secrets du cœur » et ne seront pas dévoilés. Au moment de son euthanasie, j’étais dans ma chambre avec Emilie et Jan, ce qui m’arrangeait bien pour ne pas trop y penser. Avant leur arrivée, j’avais choisi d’écouter JJ Goldman sur Youtube. J’ai laissé défiler les chansons et à l’arrivée de Jan et Emilie je n’ai pas coupé la musique, j’ai juste diminué le son pour avoir une musique de fond. A l’heure où Marieke quittait cette Vie a commencé la chanson « Puisque tu pars », chanson que j’associais à Marieke à cause de certaines paroles :
« cette force de penser que le plus beau reste à venir »
« puisque ta maison aujourd’hui, c’est l’horizon »
« sache qu’il reste de toi comme une empreinte indélébile ».
« nous t’aimons trop pour te retenir »
Bien que cette chanson ait été écrite lorsque son fils a voulu quitter la maison, certains mots peuvent être détournés en leur donnant la signification que l’on désire. Je ne m’en prive pas.
Le lendemain matin je partageais cela avec une infirmière, qui m’a dit que lors de son dernier séjour à Pellenberg, Marieke occupait la chambre où j’étais, son lit étant juste à l’endroit du mien. Il n’y a pas de hasard ! Je crois à ces signes de la Vie ! Voilà, je ne vais pas m’éterniser davantage sur ce sujet . Il y a certainement encore beaucoup à dire, à débattre à propos de l’euthanasie… Je pense qu’une personne médiatique comme Marieke aura secoué le cocotier.




Une carte postale « maison » : ces  deux derniers WE je suis rentré à la maison. Beaucoup de bonheur, de plaisir d’être là avec Madicte. Peler ensemble les légumes pour le potage, faire la vaisselle, prendre une douche (avec la présence rassurante de Madicte !), prendre le petit déj du dimanche avec Emilie et Jan, avoir le chat qui revient spontanément sur mes genoux, recevoir la visite de Geneviève, nous rendre à l’anniversaire d’amis, … J’ai presque l’impression d’avoir une vie normale ! J’ai aussi vu où étaient mes limites à la maison, les domaines où je dois encore progresser avant un retour définitif. En circulant dans le village j’ai vu des changements: une maison qui était en démolition il y a trois mois a fait place à une belle pelouse ; une autre maison a maintenant une nouvelle brique de façade ; le Centre de Rencontre du village est terminé: la vieille école a fait place à un bâtiment multifonctionnel, le trottoir a été réparé, … On s’absente trois mois et le monde change ! (un peu). Sans parler des surprises concoctées derrière mon dos: la cuisine a été repeinte ! A mon arrivée, un ruban me barrait l’entrée de la cuisine. J’ai inauguré la cuisine définitive ! Merci à Charly d’avoir donné du temps et de l’huile de bras pour finaliser les travaux ! Autre surprise : Madicte a organisé un repas d’anniversaire avec les enfants ! Je ne me doutais de rien et nous nous nous sommes retrouvés ensemble à table pour la première fois depuis le mois de juin !

Une carte postale de « ma rue » à Pellenberg : je retrouve mes infirmières, mes kinés, mes ergos, mes thérapeutes sportifs. Que du bonheur nom didjo ! Il n’y a que parmi les revalidants qu’il y a de nouvelles têtes (pour moi), mais on fait connaissance lors des séances de torture chez les kinés, les ergos ou dans la salle de sport. Beaucoup de messages passent dans un regard, dans un sourire complice ou dans des encouragements, des félicitations pour celle ou celui qui a franchi une étape insurmontable la veille encore. Il y a des personnes attachantes, quelqu’un de plus fermé, qui a sans doute du mal d’accepter sa situation, il y a toujours dans le tas l’un ou l’autre que je ne comprends pas parce que nous ne parlons pas la même langue de Vondel. Il y a une dame francophone qui s’exprime avec un accent liégeois très prononcé. Il y a quelques jours, au réfectoire, elle demandait « du péh » à l’infirmière. Celle-ci s’est tournée vers moi, le regard interrogateur… La dame demandait du pain.

Depuis mon arrivée fin juillet à Gasthuisberg, je n’ai pas posé les fesses sur une chaise roulante durant 2 mois. Les premiers tours de roues furent prudents, voire alarmants, tant je n’osais rien comme manœuvres. Je n’osais plus rien. La technique était dans ma tête, mais passer à la pratique était une toute autre histoire ! Ce mardi 5 novembre, jour de mes 61 ans, j’ai eu un cours de chaise roulante avec une de nos thérapeutes sportives. En une heure j’ai rattrapé le temps perdu ! Tout est revenu ! Confiance en moi, évaluation des difficultés, dosage de la force nécessaire. Ouf ! Maintenant il me faut entretenir cela. Il y a 5 ans, on me disait que ce n’est qu’après avoir franchi 1000 fois un obstacle qu’on peut prétendre être capable de le franchir…
J’ai appris que mon retour définitif à la maison est prévu pour le vendredi 29 novembre ! Le compte à rebours a commencé !

Une idée musique : Rondo Veneziano ! Musique entrainante, virevoltante, douce aussi ! L’idéal pour lire un livre.



lundi 26 août 2019

Séparer, on ne le pourra jamais, oh non non, on ne pourra jamais les séparer...




Voici les dernières nouvelles du front hospitalier:
Pierre a subi vendredi passé sa 7ième, et nous l’espérons, dernière intervention chirurgicale.  Cette fois-ci c’est la chirurgie plastique qui a été appliquée.  On a dû faire une nouvelle incision afin d'étirer un muscle existant pour recouvrir le trou.  Les chirurgiens sont contents de leur œuvre d’art et espèrent que tout va bien tenir et se refermer. Si j’ai bien compris, je crois qu’il a deux smileys dans le dos maintenant. Les deux semaines qui suivent cette opération seront inconfortables, car Pierre doit rester allongé sur le côté droit.  Le voilà bloqué et fort limité dans ses mouvements déjà restreints.  Manger et boire ce n’est pas une sinécure, comme il n’a pas fait de latin en secondaire, il n’a pas appris comment manger couché (moi j’ai beau avoir fait mes  latines, je ne ferais pas mieux…).  Il a l’épaule, la main et le bras droits quasi immobiles, c’est avec la main gauche qu’il doit se débrouiller comme il peut.  Bref, pas facile d’utiliser son Smartphone, de lire ou d’écrire.   Si vous voulez lui téléphoner, envoyez-lui d’abord un sms ou un message Whatsapp, comme ça il a le temps de prendre l’appareil en main.  Il somnole bcp pendant la journée car les  nuits ne sont pas blanches, mais pas de tout repos non plus.  Il continue de recevoir toutes les 6 heures un antibiotique par intraveineuse et ceci jusqu’au 11 septembre.  Pour ce qui est de la kiné, c’est une charmante stagiaire qui s’occupe de lui, mais le mot d’ordre est PRUDENCE, tout doit se faire à petits pas, surtout pas d’étirements qui pourraient nuire à la cicatrisation de la plaie.


Demain ça fera déjà 4 semaines qu’il a été hospitalisé. Nous n’avons actuellement encore aucune idée de la durée que prendra ce séjour.  On nous a dit que ce serait long (Qu’il est long, qu’il est long le chemin, papa…) Mais c’est quoi exactement long ?  En 2014-2015 Pierre a passé 10 mois à l’hôpital, dont 9 en revalidation.  Nous nous doutons bien qu’ici aussi les montagnes vont se succéder: Gasthuisberg puis Pellenberg, sans doute.  Et ce ne sont pas de vraies vacances, quoiqu’on y soit logé, nourri et blanchi et que les GO soient très gentils.  Mais les activités ne sont pas vraiment celles du Club Med.  Ici pas de pétanque, bien qu’on ait eu vachement les boules…
Ne vous imaginez pas que, puisqu’on en a fait l’expérience il y a cinq ans, Pierre et moi supportons mieux de vivre séparés.  C’est sans doute ce qui nous pèse le plus à tous les deux.  Ensemble on est fort, on supporte plus facilement les aléas de la vie, on sait mieux se résigner à accepter tout ce qu’on a perdu, on sait rire ensemble de nos malheurs, mais si en plus il nous faut vivre chacun seul dans son coin, c’est durdur et vraiment pas rigolo.
Chacun essaie de tenir comme il peut, on ne va pas rendre la situation encore plus difficile à l’autre en craquant. Donc, on tient le coup parce qu’il le faut bien et qu’on se dit que face à l’adversité on ne peut faire qu’une chose, c’est l’affronter ensemble séparément.  Et puis, comme le disait si joliment Maurane :
 « Ils sont faits l’un pour l’autre
Comme le ying pour le yang
Comme le goût pour la langue
L'un pour l'autre
Ils sont faits l'un pour l'autre
Comme le bleu pour la mer
Comme un Dieu pour la terre
L'un pour l'autre
Crève les yeux tellement c'est clair
L'un pour l'autre….
Séparer Séparer Séparer Séparer
On ne le pourra jamais, oh non non
On ne pourra jamais les séparer….»  

Ça fait tout juste 40 ans que nous nous sommes rencontrés et que notre histoire d’amour est née. Que d’aventures…  que de  bonheurs aussi !  Ceux-là on ne pourra jamais nous les enlever, ils sont gravés à l’encre indélébile dans nos cœurs.
Gracias a la vida que me ha dado tanto.