dimanche 21 décembre 2014

Meilleurs voeux / Beste wensen



Que la paix et la joie de Noël vous accompagnent tout au long de l'année nouvelle,
Que chaque instant vous donne la certitude que la vie est belle,
Qu'autour de vous des mains tendues, vous portent et donnent confiance,
Que les sourires et la bonne humeur vous habitent en abondance,
Que la tendresse et l'affection des proches et des amis vous enveloppent de chaleur
Que l'espérance et l'amour demeurent en vous et vous comblent de bonheur.




Dat de vrede en de vreugde van Kerstmis dagelijks bij jou
mogen zijn,
Dat elk ogenblik je mag overtuigen dat het leven mooi is,
Dat uitgestoken handen je mogen dragen en vertrouwen geven,
Dat een blij gemoed steeds in en rond je mag stralen,
Dat de zachte genegenheid van je naaste familie en vrienden
je met warmte en geborgenheid mag omringen,
Dat liefde en hoop in je hart mogen wonen en je met veel geluk vervullen.

vendredi 19 décembre 2014

Je rêve d’un monde…




Cette fois-ci, j’ai envie de vous partager autre chose. Mais vous aurez quand-même à subir mes cartes postales !
Je rêve d’un monde où l’erreur serait juste un des pavés du chemin de la Vie, où il n’y aurait ni remords ni reproches; c’est par là que je passe, c’est tout.
Je rêve d’un monde où la culpabilité serait rayée du système éducatif. La faute serait appelée erreur. Et l’erreur n’annulerait ni le trajet ni l’effort accomplis.
Je rêve d’un monde où la culpabilité serait rayée de la communication, où l’on pourrait se dire sans chercher à enfoncer ou culpabiliser l’autre.
Je rêve d’un monde où présenter ses excuses ne serait pas perçu comme un signe de faiblesse, mais bien comme un geste participant à la réconciliation en reconnaissant et en acceptant une erreur.
Je rêve d’un monde où l’Amour ne pourrait pas être conjugué sans humour.
Je rêve d’un monde où l’orgueil n’aurait sa place que dans les histoires que l’on raconte aux enfants.
Je rêve d’un monde où l’on n’accable pas sans fin celui ou celle qui a commis des erreurs, si grosses soient elles.
Je rêve d’un monde où les gens qui s’occupent de malades, où les enseignants, où les pompiers, où les travailleurs de l’ombre auraient le respect et la reconnaissance de tous. On ne mettrait plus en avant les paroles creuses lancées par les politiciens qui s’accrochent au Pouvoir, mais on mettrait en avant tel ou tel fait discrètement arrivé, qui rend l’espoir à une personne, à une famille. Et je tais le sujet de leur rémunération !

A côté de mes rêves, il y a toujours l’actualité de Pellenberg… Voici donc quelques cartes postales de ma rue :
-      Lors d’un entrainement en chaises roulantes, la prof m’a demandé de présenter au groupe quelques déplacements et figures que je sais effectuer; les autres devaient juste m’imiter. J’ai d’abord proposé un quart d’heure de méditation… Refusé ! Bon, d’accord, nous n’avons pas le même humour elle et moi. J’ai alors proposé que nous avancions en équilibre sur les roues arrière ensemble côte à côte sur une ligne, puis après quelques mètres, nous avons effectué une rotation d’un quart de tour sur la droite. Bel ensemble, bien coordonné. Ensuite, il fallait reculer, toujours sur deux roues. Là j’ai entendu un cri semblable au mien quand je suis tombé du taxi ! Un de mes compagnons d’infortune est parti en chute vers l’arrière ; heureusement la prof veillait et a amorti le contact avec le sol. Mais notre ami était quand-même bien au sol, hors de sa chaise. Rapidement rassurés sur son état, nous avons assisté alors à un exercice qui me dépasse: remonter sur la chaise à la force des poignets ! En voyant son sourire, j’étais rassuré mais me demandais si ce que j’avais montré était trop dangereux. En fait il a attrapé des spasmes dans la main et n’a pas su contrôler sa chaise. Le port du casque est redevenu un sujet de conversation. L’un de nous porte un corset autour du thorax, nous lui avons demandé si le casque pour le ventre avait un intérêt en cas de chute. Difficile de rester sérieux dans ces cas-là.
-      Les profs de sport préparent une danse avec certains revalidants pour le spectacle de Noël. Je les observais en train de répéter dans la salle de sport. Mon visage oscillait entre émotion d’une part (je revois les filles de 6ième primaire qui répètent des danses pour les spectacles des écoles) et tristesse d’autre part (comme j’aimerais faire partie de ce groupe, même maladroitement, et faire usage de mes jambes pour un petit spectacle).
-      Une infirmière prend ma température un matin: 36,4°. Tout est normal. Quelques minutes plus tard, une autre arrive, l’air fort inquiète, et prend ma température. Tout est ok. Elle comprend que la précédente lui a fait une farce en lui disant que je n’allais pas bien et que ma fièvre montait. Nous décidons d’attraper une autre blouse blanche. Donc quand la troisième entre pour prendre ma température, je prends un air malade, je dis que je dois vomir. Mais son thermomètre indique aussi 36,4°. Elle ne se rend pas compte qu’elle est le dindon de la farce et pense que le thermomètre ne fonctionne pas.  C’est en voyant les sourires qu’elle réalise que je suis en super forme… Bon d’accord, ce n’est pas très sérieux, mais que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre !
-      Ici, dans ma rue, le Polonais parle en russe à l’Arménien ; le Belge parle en français au Polonais ; l’Arménien parle en néerlandais au Belge…
-      Il y a quelques jours, j’allais chercher de l’eau à la fontaine. Revenant avec ma cruche coincée entre les genoux, je croise une infirmière qui me propose de m’aider. J’accepte avec plaisir qu’elle me pousse pour les 10 derniers mètres, pouvant ainsi employer mes mains pour maintenir le pot d’eau en équilibre. Ne contrôlant plus rien de la propulsion, je constate qu’elle tire ma chaise vers l’arrière ! Me revoilà à la fontaine ! Elles sont très jouettes, ces femmes en blanc !

Mon séjour à Pellenberg dure depuis 5 mois et l’accident a eu lieu il y a 6 mois maintenant. Durant ces mois passés ici, j‘ai eu l’occasion d’étendre mon vocabulaire néerlandais. Surtout dans le domaine médical ! Au cas où vous auriez un accident de moto, je vous livre quelques mots utiles dans les conversations avec le personnel soignant (attention, ce n’est peut-être pas à un niveau académique): un tendon se dit een pees ; une attelle se dit een brees; une piqure se dit een pikuur ; un biceps se dit een bicheps (idem pour les tricheps et quadricheps); n’importe quel petit bouchon se trouvant au bout d’un tuyau ou d’un petit flacon se dit een tchoepke ; … Attention, si l’on vous dit pendant votre toilette que vous avez de belles fesses, ce n’est pas un compliment esthétique, c’est un terme technique qui signale que vous n’avez pas d’escarres.
Ce vendredi, je me suis réveillé avec de la fièvre: nouvelle infection urinaire… Donc pas de retour à la maison, re antibiotiques pour deux semaines ! Madicte s’est courageusement remise en route pour me visiter. Certaines infirmières ont plaidé pour qu’elle ne reste pas loger, étant donné sa faible immunité actuelle. Puis l’infirmière de nuit a trouvé dommage qu’elle ne puisse pas voir Madicte. C’est fou comme chacune d’elles s’inquiète, se soucie de ma petite femme !  Je l’ai déjà dit, c’est comme si Madicte faisait partie des patients de ma rue ! Je suis chaque jour interpelé par l’une ou l’autre pour donner des nouvelles de ma douce.
Au risque de me répéter, je suis sans voix devant vos gestes à notre égard: la liste des visites en attente continue, les sms, les mails, les courriers postaux montrent à souhait votre attention, votre souci et votre amitié pour nous. Je m’organise mal dans la gestion des réponses: durant la journée, je suis sans mon gsm, occupé par la revalidation. Quand je découvre les messages, si je ne réagis pas directement, je risque d’oublier une réponse, un rendez-vous. Je vous demande de m’excuser pour cette « organisation » (j’ai eu un accident). De plus, mon gsm me joue des tours, je ne suis pas content de cet achat ! Madicte m’a dit que le Père Noël pensera à moi en m’apportant un outil de qualité.
Depuis 6 mois, le temps a pris une autre dimension pour moi… Tout est lent par rapport à « avant ». Mais en même temps, je suis moins pressé: ce que je n’ai pas fait aujourd’hui est remis à plus tard. Les efforts faits aujourd’hui porteront leurs fruits une autre semaine. Il n’y a pas vraiment de délais pour faire se redévelopper tel muscle, ce qui compte c’est de le remettre au travail. Il me fait mal ? Ca passera dans quelques semaines. Quand je choisis de ranger ma chambre, je sais que je dois consacrer une heure pour quelque chose qui pourrait être fait « à pied » en 15 minutes. Si je veux aller chercher de l’eau à la fontaine dans le couloir, je dois compter sur un bon 4 minutes.
Les infirmières sont passées à la vitesse supérieure depuis deux jours: je dois me déshabiller et m’habiller seul. Je peux encore bénéficier d’aide les jours où la revalidation commence à 9.00 h. M’habiller seul au lit, en gardant l’équilibre, en devant tirer les bas de contention, enfiler slip et pantalon, mettre et lacer les chaussures: un travail de titan actuellement !!! Rajoutons qu’avant cela, j’ai passé 30 minutes dans le lit pour ma toilette, je peux être prêt en une heure et quart, rasage non compris. D’ici peu, après cette gymnastique, je pourrai me transférer du lit à la chaise roulante. Ah, oui : après cela je peux manger ! Il est certain que je vais m’améliorer avec le temps, mais je ne sais pas en combien de temps !
Les larmes sont encore mon lot quotidien. Je les sens monter, sans savoir pourquoi elles viennent. Je les laisse venir, j’évacue, mais je ne sais pas quoi ! Parfois, un mot, une image, une pensée, … provoque une montée d’émotion. Je passe régulièrement à la chapelle, où je peux pleurer à l’abri des regards et aussi trouver la sérénité.
Cette semaine, j’ai retrouvé Jacques Brel… Que du bonheur ! Mais qu’il est compliqué dans ses amours chantées. Pour moi c’est un peu plus simple…

vendredi 12 décembre 2014

Le 12 décembre, 6 mois plus tard...




Le 12 juin, C'était une belle journée qui invitait les motards à remonter en selle sur leur montures galvanisées et profiter des bienfaits du soleil et des parfums du printemps. 
Le matin, encore en pyjama j'avais assisté au harnachement de mon preux chevalier qui partait semer la bonne parole auprès de ses ouailles enfantines. Je me rappelle nos bisous envoyés de la main avant que la porte du garage ne se referme entre les nounours entourés de petits cœurs de ma tenue nocturne et son équipement en cuir renforcé qui devait lui servir de protection.
L'après-midi  il y a eu le sommeil de la sieste qui ne voulait pas de moi, une sensation bizarre de malaise dont je ne comprenais pas la cause.  La sonnerie du téléphone fixe qui m'a sortie du lit et l'annonce de la prise en charge de Pierre aux services d'urgence suite à un accident. Il était conscient, mais il ne sentait plus ses jambes.  Alors que j'étais en partance, une heure plus tard une camionnette de police s'est arrêtée devant la maison.  Les policiers apportaient la même nouvelle, mais ont ajouté que Pierre n'était pas hors de danger. Ils ont insisté pour que je ne parte pas seule pour l'hôpital.  J'ai fini par prévenir Emilie et lui demander de m'accompagner.  J'ai envoyé un sms à Bernard, le frère de Pierre.  Je savais que je pouvais compter sur lui.
 En route vers les urgences de St-Pierre à Ottignies, le coeur lourd et anxieux sachant que la vie de mon amour était en suspens, nous avons été bloquées un instant pour laisser passer des services de secours appelés pour un autre motard qui gisait sur le sol. Quelques heures auparavant c'était mon amour à moi qui était ainsi désarçonné et embarqué sur une civière...
Ce jour-là plusieurs motards ont été fauchés sur la route. Que sont-ils tous devenus? Sont-ils encore vivants, rétablis ou comme Pierre, meurtris à vie?
C'est comme si c'était hier et en même temps j'ai l'impression qu'il y a une éternité de cela.
Il s'est passé tant de choses depuis.  Au bord de la frontière vers l'autre côté du décor, Pierre s'est battu avec la force de l'espoir et a fait reculer sa dernière heure de plusieurs années.  Il avait tant de belles choses à vivre encore. L'amour est plus fort que la mort. (Je vous donne raison, Françoise Hardy).
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille et elle joue aux montagnes russes avec mon tendre motard fauché, mon hêtre foudroyé.  Heureusement, il résiste et il a le crâne dur comme du bois.  Ça n'empêche que nous n'ayons même plus besoin de voir des films à suspens, le taxi driver du week-end se charge d'augmenter notre taux d'adrénaline. On s'en passerait bien....
Ce matin, alors que nous avions eu notre cours d'accompagnateur de chaise roulante la veille, c'est la fièvre qui a terrassé notre homme et l'a mis KO.  Pour la x ième fois, il se retrouve de nouveau avec une infection urinaire qui l'empêche de rentrer le week-end à la maison.  Il y a des jours comme ça où la pluie est si forte qu'elle finit par ruisseler sur nos joues, on se demanderait bien pourquoi...  et ce n 'est pas uniquement à cause des funérailles de Fabiola.
Allez, courage, demain ça ira mieux. Mais la crème fraîche est tenace et tarde à se transformer en beurre.


dimanche 7 décembre 2014

Dans le cochon, tout est bon




Nous revoici, après une interruption un peu longue. Cela m’a permis de prendre quelques photos de ma rue et d’en faire des cartes postales qui vous sont destinées…
- Les travaux de construction derrière notre bâtiment avancent ; nous avons parfois le nez collé aux fenêtres pour observer le balai des véhicules. Je vous l’ai dit, il y a toujours quelqu’un qui s’y connait dans tel ou tel domaine et donc donne des explications liées à ce que nous voyons. Il y a quelques jours, l’un de nous commentait les camions de béton, nous détaillant les mélanges de ciment, sable, béton pour les travaux de consolidation. Nous avons eu droit à une conférence sur les sables, leurs origines et leurs spécifications. Puis la même chose sur le ciment. Puis sur les camions; leur nombre d’essieux, etc… Tout le monde écoutait, apprenait. Puis après un silence de quelques secondes, notre conférencier s’est tourné vers moi, l’air complice, et m’a dit quelque chose du genre « je n’y connais rien ! Tout est inventé, ne me demande pas de répéter les mêmes mensonges, je ne saurais pas ! ». Le tout avec un clin d’œil malicieux.
- Durant les entrainements en chaise roulante, nous voyons arriver de nouvelles têtes. C’est impressionnant de voir les « nouveaux » paniquer lorsqu’on leur demande de se mettre en équilibre sur les roues arrières; je me revois lors de la première leçon, paniqué, manquant de confiance, essayant de tenir en équilibre en étant complètement tétanisé, les mains accrochées aux roues. Le même exercice maintenant, je le fais avec deux doigts… Une fois, on est le nouveau, une fois on est l’ancien… Une fois le novice, une fois l’expérimenté…
- Nous avons chaque semaine un cours-conférence donné par des responsables de Pellenberg: cela va depuis une info sur les chaises roulantes jusqu’à comment vivre sa sexualité suite à une rupture de la moelle épinière en passant des conseils pour survivre dans les arcannes de l’administration, et j’en passe. La semaine passée le sujet était « Omgaan met verlies ». Je me suis présenté chez plusieurs personnes différentes , (infirmières, kinés, ergos, …), leur demandant avec un air sérieux, un peu gêné, si je pouvais assister à cette conférence, n’ayant plus de pertes (verlies) avec les yeux tristement dirigés vers mon entrejambes. Chaque personne a cru que j’étais sérieux (c’était le but) et a essayé à sa manière de me rassurer. L’ensemble des réponses tient en ceci : « Mais Pierre, bien sur que tu peux assister à la leçon… Tu as mal compris : il ne s’agit pas de pertes urinaires, je comprends que ces subtilités de la langue t’échappent. Il faut le comprendre dans le sens « être moins valide ». » C’est en voyant mon sourire que mes interlocutrices comprenaient que je me moquais gentiment. A part deux ou trois tapes amicales sur le crâne, je n’ai pas eu à souffrir des conséquences négatives de mon humour… Je me demande si, à force de fréquenter le milieu médical, je ne deviens pas un peu « pipi caca » dans mon humour.
- Dans le même genre: une infirmière me demandait où j’avais été hospitalisé après mon accident (en néerlandais : « Waar lag je na uw ongeval ? » ; ce qui peut être mal traduit par « Où étais-tu couché après ton accident ? »). J’ai répondu « Op de grond ! » (sur le sol).
- Certaines infirmières aiment raconter la dernière blague, ou en entendre une nouvelle. Il y a quelques jours, je racontais une blague à l’une de mes anges gardiens. A la fin, elle éclata de rire, ne sachant plus s’arrêter. Dans les dix secondes, quatre autres infirmières étaient dans ma chambre, ayant entendu le rire, et, comprenant qu’une nouvelle blague venait d’arriver, elles-mêmes voulant entendre la dernière!
- Le balai des départs ne diminue pas, ce qui reste difficile dans certains cas. Pourtant nous savons que telle ou tel a atteint l’objectif de sa revalidation, ce qui signifie retour à la maison. A chaque fois, je me réjouis pour celui ou celle qui regagne ses pénates, mais il y a toujours autant d’émotion dans les adieux.
- Ce mardi soir, j’étais au lit depuis quelques minutes quand l’infirmière qui venait de me mettre au lit est revenue dans ma chambre pour me dire qu’il neigeait, comme pour partager un secret avec un enfant. Elle a éteint la lumière de ma chambre pour que nous puissions voir tomber les flocons. C’était super ! Qui plus est, elle a posé sa main sur mon épaule pendant quelques secondes. Un beau moment !!! C’est vrai que je suis très « contact » dans mes relations… Et ici, être touché physiquement, c’est purement technique, alors vivre quelques secondes un geste de complicité, c’est un moment de pur bonheur !!!

Il m’arrive à l’occasion de m’habiller « normalement », c'est-à-dire une chemise, un pantalon, des chaussures de ville. Cela fait du bien d’être habillé de la sorte, ne fut ce que le w.e. Toute la semaine en T-shirt et pantalon de training, c’est un peu trop loin de la vie « d’avant ». La Vie normale me manque. Tout est à apprendre ou à réapprendre. Parfois un vent de lassitude, de découragement, d’impatience tourbillonne entre mes oreilles. Je me dis qu’il me faut tourner le regard vers l’avant et non vers l’arrière, mais ce vent est assez persistant… Même si j’accepte la situation,  j’ai envie de retrouver l’usage de mes jambes, de maîtriser toutes les fonctions de mon corps situées sous le nombril. La médecine m’a fait comprendre que je ne marcherais plus, ce qui ne m’empêche pas d’espérer.
Les exercices de kiné avancent bon train ; je vois aussi que les séances de fitness portent leurs fruits: j’ai davantage de force dans les bras pour me déplacer, me soulever. Je sais enfin soulever mes jambes pour passer de la position assis au bord de la table de kiné à la position assis sur la table de kiné. Les muscles font mal, mais c’est le chemin à parcourir, je n’ai pas d’alternative. Avec les ergos, les exercices sont centrés sur l’apprentissage des transferts. Chaque transfert est différent: de la chaise au lit, de la chaise à la table de kiné, de la chaise à la toilette, de la chaise à la voiture. Les techniques varient et demandent de la précision, de la force. C’est pas gagné !!!
Quand nous faisons du handbike (vélo avec les mains), notre chaise se trouve rallongée d’un petit mètre. Il est surprenant à la fin de l’exercice de retrouver une chaise courte; c’est à chaque fois une réadaptation à d’autres repères. Chaque repère physique d’avant est à mettre de côté: tout est à rebâtir, le temps n’est plus le même, les sensations pour l’équilibre, pour les gestes à faire au quotidien.
Dimanche passé, en arrivant à Pellenberg, le chauffeur du taxi me faisait descendre via un lift placé à l’arrière. Comme d’habitude il était placé derrière moi pour m’empêcher de tomber; pendant la manœuvre de descente il a quitté sa place alors que le plateau ne touchait pas encore le sol... et je suis parti en culbute arrière avec la chaise! Mon crâne a été le premier à tâter le sol! J’ai passé une petite demi-heure sous la pluie, parfois conscient, souvent inconscient,  attendant d’abord un docteur, qui lui-même attendait une civière, qui elle-même se faisait attendre. En fin de compte on m’a remis sur ma chaise pour m’amener dans ma chambre. Je me suis réveillé dans mon lit, grelotant de froid. Prise de ma tension, divers contrôles pour voir si je réagissais normalement. Contrôle tous les quarts d’heure durant toute la nuit, avec réveil toutes les heures (tension artérielle). Le matin, scanner de la boite crânienne: rien à déplorer (de plus qu’avant).  Il n’a pas fallu recoudre, mais on m’a agrandi la tonsure au rasoir, et à sec ! (c’est pas agréable!) et on m’a mis un pansement. Je porte la kippa maintenant!!!  Madicte, qui est venue me voir lundi, m’a apporté un casque de moto pour mes déplacements en chaise roulante. Ah, cet humour qui nous unit et nous rend fous... J’ai repris mes activités normales ce mardi. Je me suis déplacé avec mon casque sur la tête, ce qui a eu un grand succès; plusieurs personnes m’ont dit aimer mon autodérision. Pour le reste, la Vie est belle: j’ai le crâne solide, je ne suis pas plus cassé qu’avant. Je repensais à la BD d’Astérix (je crois que c’est « le coup du menhir »), où Panoramix reçoit un menhir sur le crâne et devient fou. Obélix se dit qu’un deuxième coup le rendrait peut-être  normal… Je me disais qu’un tel choc sur la tête me rendrait peut-être « normal »… mais mes jambes sont toujours en vacances ! Comme disait Ramon, le penseur sud-américain "Caramba, encore raté!".
Je reste impressionné par votre fidélité dans les visites! C'est pour moi une leçon d'humilité que d'être ainsi chouchouté par vous! Chaque visite m'apporte tant d'énergie, de bonne humeur (c'est vrai que vous êtes peu nombreux à venir vous plaindre de vos petits bobos; et pourtant parmi vous, nous savons que certains vivent des heures difficiles, très difficiles! Et nous nous sentons proches les uns des autres). Que de moments de partages, de rires, de larmes dans les murs de ma chambre. Vous continuez chaque jour à vous inquiéter de moi et de Madicte: mails, sms, visites, courrier, coups de fil (sorry, mais vu mon horaire et le peu de disponibilité, répondre au gsm reste difficile; qui plus est mon gsm, qui promettait tant et tant, est en fait pour moi une source d'énervement!). Je pense, sans aucune prétention, faire mieux que Tintin (qui était le seul concurrent du général de Gaulle): lui va de 7 à 77 ans mais moi c'est de 4 à 90 ans!
Depuis deux semaines, les visites sont limitées aux lundis et mercredis, car chaque mardi nous allons au Sportkot à Leuven pour des activités d'endurance; et le jeudi nous y allons pour nager (l'eau, c'est mouillé et c'est froid... Mais nager est bon pour la santé, alors j'y vais, heureusement pas avec des pieds de plomb). Le retour se fait entre 19 et 20 h. Donc les visites continuent, mais uniquement deux fois par semaine au lieu de quatre. Désolé pour les listes d'attente! Merci pour tous les mots, toutes les prières, toutes les attentions sous tant de formes différentes. Je le dis et le redis: le mot MERCI est si petit à écrire, mais contient tellement!
Je peux maintenant rentrer à la maison le vendredi soir. Que ça fait du bien! Nous avons choisi de ne pas nous faire aider le soir; c'est donc Madicte qui me met au lit, à l'aide de la "grue". Nous sommes encore en période d'essai: il ne faut pas que cela soit une charge pour elle. Je vais encore gagner en autonomie et pourrai un jour me mettre seul au lit, m'habiller et me déshabiller... Et donc moins monopoliser Madicte. Actuellement le matin, c'est encore une infirmière qui vient à domicile, mais là aussi je vais gagner en autonomie!
Je vous souhaite un heureux temps de préparation à la fête de la Nativité! Un chemin rempli de grandes et petites joies, de rencontres, de rires, de construction intérieure, de pacification. 

Ma musique de ces jours-ci: les cd du groupe I Muvrini. Entre autres une chanson, Erein Eta Joan,  interprétée avec Luz Casal... Une voix superbe!