lundi 15 septembre 2014

Beauté farouche, quand je te vois je louche !




Nous revoici pour d’autres nouvelles !
Ce mercredi 10 septembre, on m’a délivré de mon fixateur du poignet droit ! Une dizaine de jours auparavant, j’avais été libéré de mon attelle au poignet gauche. Voilà qu’en peu de temps une impression de liberté m’envahit ! Je dois maintenant réapprendre à utiliser ma main droite, que je surprotégeais… Les exercices de kiné sont douloureux et seront longs (surtout le poignet droit). Chaque jour apporte son lot de douleurs et de petites victoires. Les petits progrès en matière d’équilibre sont apparemment minimes, mais remarqués par ma kiné !
Je tiens ce soir à vous parler un peu de ma Douce Madicte, dont je vous ai sans doute déjà dit tout le bien que je pense. Depuis son opération, elle a vécu des moments intenses dans tant de domaines. Patience, craintes, énervement, solitude, … mais aussi rencontres, émotions, reconnaissance, joies, solidarité,… tout cela remplit ses journées et parfois ses mauvaises nuits. Nous avons vécu tant de beaux moments en voyant vos réactions suite à ce que Madicte vit. Des gestes inimaginables, des paroles qui nous transportent le cœur, des propositions qui nous ont fait jaillir des larmes chaudes d’amitié et de reconnaissance… Vous êtes terribles !
En ce moment, elle se concentre sur le présent pour ne pas trop voir arriver le vendredi 19, date de sa première chimio. Pourtant elle doit aussi se préparer physiquement et encore passer un électrocardiogramme. Elle a reçu tant de mails avec des idées, des suggestions, des propositions… Elle n’a pas eu le temps de répondre, de remercier et se sent (un peu) mal à l’aise de ne pas avoir réagi suite à toutes vos manifestations. Les chemins proposés par vous sont nombreux et elle sait qu’elle ne pourrait pas les suivre tous, de peur de se disperser. Elle garde donc une ligne de conduite.
Elle n’a plus eu le temps de traduire nos productions écrites en néerlandais, mais trouve encore du temps pour faire des recherches concernant les assurances, l’administration (vous avez lu « les 12 travaux d’Astérix » ?). Heureusement, elle sait frapper à l’occasion à la bonne porte ! Et y reçoit les bons conseils !!! Concernant nos deux dossiers professionnels, c’est loin d’être simple ! Si au niveau des secrétariats de nos écoles tout est en ordre (petit coup de chapeau en passant ! les personnes concernées se reconnaîtront), on ne peut pas dire qu’il en soit de même plus haut ! Tout cela remplit et parasite les pensées à un moment où nous voudrions nous concentrer sur autre chose.
Je reste plein d’admiration pour les personnes qui forment les équipes de Pellenberg, étant pleines d’attentions, de petits gestes, de questions au sujet de Madicte quand elle n’est pas là. Elle fait partie des patients de l’étage au même titre que moi ! Quand Madicte dort chez moi, elle reçoit des soins comme si elle était une patiente (pansements, …) !
Je me sens tellement impuissant à cause des distances entre Pellenberg et Zepperen ; nous avons toujours été l’un près de l’autre pour diverses épreuves ; et nous voilà à 40 km l’un de l’autre. Même si nous sommes unis autrement, c’est une période difficile et j’ai du mal à cacher mon désarroi à Madicte.
Concernant ma visite à la maison, ça n’a pas été ce que j’imaginais : grosse émotion en entrant dans la rue, puis en entrant dans le garage (pas possible par la porte d’entrée), mais après c’était très technique avec Lot, l’ergo qui m’accompagnait pour établir un état des lieux. J’ai admiré comme notre chambre avait été préparée (MERCI à l’équipe !!!) ; pour le reste, peu de temps… Pas de réappropriation des lieux ; je savais que je n’étais que de passage.
Merci à tous pour ce que vous êtes, pour vos messages, pour vos prières, pour vos pensées, vos attentions, votre présence : TOUT nous est précieux !
(une très belle chanson qui fait partie de mon univers musical : « I am Sailing » de Rod Steward ; de plus il existe de très belles versions du Canon de Pachelbel sur Youtube)


 Petit week-end en amoureux dans les montagnes.

lundi 8 septembre 2014

Tiens, on a des nouvelles de Chose ? / Heb je nog nieuws van Dinges?


Nous voici près de trois mois après l’accident…
Certaines choses évoluent à l’Université de la Patience (site de Pellenberg). Depuis fin août, je peux me passer de mon attelle au poignet gauche: tout est reconsolidé ! Maintenant, c’est le travail de remusculation et d’assouplissement du poignet ; il faut que les tendons s’étirent (ça fait mal). Les kinés me font travailler l’équilibre ; j’arrive aussi à me faire passer de la position couché sur le dos à couché sur le côté gauche (grands mouvements des bras impossibles à réaliser sur un lit d’une personne…).
L’équipe des kinés trouvait que le déséquilibre entre les deux poignets devenait trop grand et a demandé aux médecins de me libérer des fixateurs du poignet droit. Ce mercredi 17/09, on va m’enlever toute la ferraille. Mais… la dernière radio montre que le poignet droit n’est pas réparé : les os ne sont pas ressoudés. J’attends une solution qui satisfasse tout le monde; peut-être une attelle ? Peut-être de nouvelles plaques dans le poignet ?
Dépendant des autres pour des gestes parfois futiles (ramasser une feuille tombée par terre, rappeler une infirmière parce que j’ai oublié mon gsm sur la table, …), je me rends compte que je suis en train de faire l’école de l’humilité. Oser demander… j’ai encore du chemin à faire ! Il en va de même quand je me laisse faire pour la toilette ou pour les soins. Et je reste convaincu que la Vie est belle !
Parfois le temps passe vite: journées bien remplies par la rééducation, puis visites, puis préparations du soir, remise au lit, soins, etc… Parfois la frustration de ne pas pouvoir regarder un film ou une émission à la tv (une fois interrompu par ex pour la mise au lit, je n’ai plus envie de regarder la suite ; ce qui n’est pas le cas avec un dvd : j’arrête quand je veux et je n’ai rien perdu lors de la reprise). Je suis très content de recevoir vos visites ! Elles me font un bien terrible ! Ne vous en privez pas !!! La manière de faire est efficace : j’ai du temps avec chacun de vous en me tenant à deux visites par jour. Les sms sont toujours le moyen le plus efficace pour me contacter. Décrocher mon gsm à temps quand il sonne reste une performance rare.
Nous continuons à nous réserver le samedi à deux; Madicte et moi avons besoin de ce temps! La séparation est dure. Soutenus par vous tous, nous avons aussi nos petits creux. Madicte doit affronter la chimio dès le 19 septembre (plus tôt que prévu). Je sais que vous ne l’oubliez pas dans vos pensées, dans vos prières. Je sais que beaucoup d’entre vous continuent à faire la fortune des marchands de bougies. Comme le disaient les philosophes Stadler et Waldorf : « C’est le temps que tu as consacré à ta rose qui fait qu’elle est importante à tes yeux ! ». Le temps que vous nous consacrez en dit long sur les liens qui nous unissent. Vos messages nous le montrent, nous le crient, nous le murmurent… Madicte me disait que nous récoltons ce que nous avons semé; et je lui répondais que je ne suis pas conscient d’avoir semé tant au cours de ma Vie. En fait nous semons sans toujours nous rendre compte. Madicte essayait de se souvenir de cette fable d’une femme qui rapporte de l’eau dans sa cruche chaque jour, mais de l’eau s’échappe de sa cruche. Et au fil du temps, le chemin qu’elle parcourt s’embellit de petites plantes et fleurs qui profitent de l’eau « perdue »… Belle illustration ! Et à propos de chemin, je vous livre ce parcours que certains ont entrepris depuis de longues semaines : certaines et certains d’entre vous se sont mis à marcher ou à courir chaque jour ou chaque semaine (ben oui, les pensionnés ont moins de temps que les actifs !) ; vous avez eu les mêmes mots : vous marchez avec moi ! Je suis avec vous, peut-être un peu à la traîne, mais j’y suis ! Gardez le rythme !
Parmi les pensées que je tiens également à vous partager, il y a mon papa qui doit subir lui aussi une chimio. Je vous le confie, ainsi que maman qui est revenue à la maison.
Je dis merci chaque soir dans ma prière pour les visages rencontrés, les noms évoqués, les idées échangées, les réconciliations, le chemin parcouru depuis 55 ans. Je n’oublie personne parmi vous qui vivez des moments difficiles. Prenez ce que vous voulez dans ces paroles, n’ayez pas peur de vous y retrouver: vous y êtes !

dimanche 7 septembre 2014

C'est la rentrée, à notre tour d'apprendre ... / Terug naar school, nu is het onze beurt om te leren ...



Un coup de blues m'a empêchée cette semaine de reprendre le fil du blog.   J'en parlerai plus loin.

Nous voilà, chacun sur un lit d'hôpital l'un en face de l'autre ce dimanche matin notre ordinateur portable en face de nous.  Pierre écoute des chansons tendres de notre jeunesse, Maxime et Catherine le Forestier, Barbara, Joe Dassin, ... ambiance favorable pour reprendre la plume ou plutôt, le clavier.
Je voudrais d'abord exprimer mon immense  gratitude pleine d'émotion envers toutes les personnes qui pensent à nous, qui l'expriment ou non, pour toutes ces pensées affectueuses, ces petits et grands gestes de soutien qui nous sont offerts avec tant d'empathie et de gentillesse.  Chacun à sa façon nous donne de son temps, de sa disponibilité, de son amitié, de son expertise aussi, quand il s'agit de donner un coup de main spécifique dans la maison, dans le ménage, dans le jardin, dans les transports,  dans le méandre administratif des assurances, dans les soins de santé, ou simplement en étant cette oreille ou cette épaule attentive où le trop plein de chagrin peut s'écouler un instant, le temps de reprendre des forces pour continuer notre combat ...  MERCI à tous!!!

Nous qui avons plutôt la tendance à donner, à être là pour les autres, nous voilà en train d'apprendre à recevoir, à accueillir, à oser demander (c'est le plus difficile). 
Depuis longtemps je dis à ma nounou, Myselle, qui a passé sa vie à nous choyer comme ses propres enfants, de nous laisser ce plaisir ("gun ons dat plezier" ) de lui donner à notre tour tout cet amour qui s'exprime dans les petits gestes de la vie.  Je sais la joie qu'on ressent quand on peut donner, se sentir utile, offrir le meilleur de soi-même parce que l'autre est important à nos yeux. 
A nous d'appliquer ce beau principe et d'offrir à l'autre cet espace de joie partagée, d'apprendre à ne pas se sentir en reste, en dette, d'accepter que l'autre puisse exprimer son attachement par des petits et grands gestes qui nous vont droit au cœur, d'accepter tout simplement d'être aimé et de laisser  à l'autre son espace de créativité pour l'exprimer.
Je pense que ce que nous vivons là doit être une illustration de ce qu'on appelle l'Amour inconditionnel, il n'y a pas de conditions qui règlent la relation.  Le don de l'autre se fait sans que celui qui reçoit se sente coincé et dans l'obligation de rendre la pareille. Accueillir la générosité  de l'autre, la recevoir sans chichis, dans la simplicité, c'est aussi apprendre l'humilité et reconnaître qu'on a besoin de l'autre, des autres pour vivre heureux,  pour partager les moments de joie et de peine, mais aussi pour traverser debout  les épreuves et les moments de fragilité.
Nous n'avons pas d'attente précise, nous accueillons ce qui vient, ce que chacun à sa façon manifeste et nous nageons dans une corne d'abondance, tant il nous est donné.
J'aimerais exprimer notre gratitude plus personnellement  et répondre à tous les messages que nous recevons, mais actuellement, je n'y arrive pas faute de temps et de disponibilité.  Mes excuses  aux personnes qui attendent une réponse, elle viendra je l'espère, mais il faudra un peu de patience. Merci d'en avoir!
Mais certains parmi vous attendent sans doute des nouvelles concrètes.  Les voici:
Pierre va enfin être libéré de ce fixateur externe au poignet droit mercredi prochain, ça se fera sous anesthésie locale.  La soudure des os n'est pas encore terminée, mais il aura sans doute un autre moyen de fixation qui lui permettra de continuer la consolidation de ses os, sans cet appareil si invalidant.  Vendredi 12 septembre, exactement 3 mois après son accident, Pierre pourra à nouveau franchir le seuil de notre maison.  Avec une ergothérapeute on va découvrir tous les aménagements nécessaires pour qu'il puisse fonctionner le plus normalement possible en chaise roulante à la maison.  C'est une visite exceptionnelle, car son état de santé nécessite encore beaucoup de soins et d'équipements dont on ne peut disposer actuellement chez nous.  Son transport doit aussi se faire dans un véhicule adapté disposant d'une sorte de plateforme amovible qui permet le chargement d'une personne en chaise roulante.
J'aurais bien envie parfois de le kidnapper et de le ramener à la maison, mais mission impossible, on n'arriverait même pas à le mettre dans la voiture!  Je n'ai pas le gabarit de Drisse (cfr les Intouchables), c'est plutôt Pierre qui l'avait.  Chez nous c'est lui qui s'amusait à me soulever comme une plume dans ses bras forts et tendres, moi j'ai déjà du mal, rien qu'à lui soulever les jambes...
Pierre n'est pas encore en état d'aller et de sortir de sa chaise roulante tout seul, c'est à l'aide d'une sorte de petite grue que, entouré d'une toile, il est soulevé, déplacé et déposé.  (Quand il pend ainsi entre ciel et terre je l'imagine comme un gros bébé porté au bout du bec d'une cigogne.)
Une fois qu'il pourra réutiliser ses deux poignets la vraie revalidation vers l'autonomie commencera.  Ses bras doivent compenser ce que ses jambes ne peuvent plus faire.
 
Trois mois, c'est long, mais c'est sans doute court par rapport au temps qu'il faudra encore attendre avant qu'il ne puisse vraiment, définitivement rentrer chez nous. Mais il vaut mieux vivre ce temps d'attente au jour le jour en regardant chaque progrès qui le rapproche de ce moment, plutôt que de compter sur le calendrier les feuilles qu'il faudra encore tourner, les pleines lunes qu'il lui faudra encore admirer du haut de sa chambre d'hôpital avant que notre Pierrot ne voie réapparaître son astre préféré dans le ciel de notre jardin.
 En ce qui me concerne, j'ai été chez l'oncologue de St-Truiden mardi passé.  Il s'agit d'une personne encore jeune et agréable de contact, empathique certes. Ce qu'elle avait à me dire par contre, m'a plutôt démoralisée.  Bien que l'opération ait supprimé toutes les cellules cancéreuses, vu le genre agressif de ce type de cancer, on ne peut faire traîner la suite du traitement (préventif).  J'ai le sentiment qu'on va tirer au canon sur une mouche, tant ce traitement me semble lourd, mais comme je n 'ai pas envie de prendre de risques de rechute, je m'y soumets.
Le 19 septembre on commence par me placer un cathéter sous anesthésie locale afin de ne pas devoir à chaque prise de sang ou infusion médicamenteuse repiquer une veine des bras. Après son placement, il sera tout de suite inauguré et j'aurai droit à la première chimio.  Vers le dixième jour, (non pas le Huitième jour!) ce sera l'automne et le début de la chute des feuilles rousses, non, des cheveux roux.  Comme je n'ai pas l'intention de subir ce dégarnissage progressif, mon amie Vera qui me coupe les cheveux régulièrement, avec beaucoup de tendresse va veiller au grain, non au crin et me fera une coupe maison dame blanche sans crème fraîche.
J'ai aussi pris rendez-vous chez un coiffeur, perruquier pour commander un couvre-chef de remplacement en attendant que le printemps fasse repousser des fils de cuivre sur ma tonsure, ou seront-ce des fils d'or ou d'argent?  Il paraît qu'on peut avoir des surprises. C'est comme dans les œufs Kinder.  Je ne sais donc pas ce que les cloches de Pâques me réservent, au pire, j'aurai la toison d'un agneau et je serai quand même très bèèèèèlle.
L'humour et l'autodérision sont  les antidotes que Pierre et moi pratiquons depuis toujours contre la déprime, car le rire permet de rester léger et de ne pas s'enfoncer dans les marécages du chagrin et de la peur. C'est une bonne thérapie et rire ensemble c'est encore plus efficace et c'est excellent pour la santé, nous parlons de notre hilarothérapie (je trouve que c'est moins menaçant que chimio- ou radiothérapie).  La médecine classique n'est pas très ouverte aux thérapies complémentaires, même si elles ont déjà prouvé leur utilité.  Cependant, je suis sûre que notre hilarothérapie ne peut être une contrindication, au contraire, ne dit-on pas en néerlandais "Lachen is gezond"?

samedi 30 août 2014

Cliniquement vivant ! / Klinisch levend !




Voici plus de deux mois que mon accident est arrivé.   Deux longs mois mais en même temps courts par rapport à ce qui m’attend…
Ce dernier mois m’a surtout vu admirer Madicte face à tout ce qu’elle vivait ; je me suis senti impuissant, désarmé, parfois tout petit à côté d’elle. Puis un jour je me suis dit que me sentir « tout petit » ne m’apportait rien de bon, ne m’aidait pas à aller de l’avant, surtout que dans le même temps Madicte me disait trouver son énergie en moi (entre autres). Moi qui n’arrête pas de dire à mes élèves que cela n’apporte rien de se comparer aux autres, il est temps que j’applique au moins une fois tout ce que j’enseigne !!! Donc, plutôt que de me minimiser, j’ai regardé les évènements autrement. J’ai repris confiance en moi, surtout après l’opération. Les exercices de kiné évoluent, je vois les progrès. En conclusion, je retiens mon admiration pour ma douce. Nous pouvons nous épauler, compter l’un sur l’autre.
Nous avons découvert qu’il nous fallait du temps à deux, c’est ainsi que nous nous réservons le samedi, jour où Madicte reste loger à Pellenberg. Ce sont des moments importants pour nous. J’ai aussi limité les visites à deux par jour, pour profiter de chacun de vous. Cela permet une rencontre plus longue aussi, ce que j’apprécie ! Ne vous inquiétez pas d’arriver les mains vides : vous êtes le cadeau ! Cela fait un peu cliché, mais c’est sincère ; de plus je croule sous le chocolat ! Si j’ai la simplicité de vous le dire, ne vous vexez pas ; je pense que dans ce cas la franchise est importante. Quand vous venez, vous pouvez toujours me demander un peu à l’avance si quelque chose me ferait plaisir, ou me manque. Bien que mes besoins matériels soient limités ici (on est proche de l’ascétisme !)
En ce moment, ce qui est le plus dur, c’est de ne pas rentrer à la maison. Je sens que le jardin me manque, le chat sur mes genoux, l’ambiance de chaque pièce, … je sais aussi que cela fait partie de mon chemin. Dans beaucoup de domaines je suis patient ou, plus exactement, je prends ce qui vient au jour le jour. Est-ce cela la patience ??? Mes journées se remplissent de plus en plus ; en plus des séances de kiné et d’ergo, il y a des activités de groupes (atelier d’écriture, cours divers; je vais regretter l’enseignement et ses congés…). L’horloge du living s’est arrêtée (c’est moi qui la remonte) il y a plus de deux mois. Madicte attend mon retour définitif à la maison pour que le temps reprenne son tic tac dans la maison. Moi de mon côté je vis sans mon alliance depuis l’accident ; Madicte me la conserve avec soin et Amour pour me la rendre quand les circonstances seront favorables. J’aimerais nous « remarier », reprenant en partie le texte de notre engagement d’il y a 32 ans, et en l’adaptant à notre actualité.
Je reste impressionné par vos messages, par tout ce que vous exprimez. Je n’arrive pas à répondre à chaque message et m’en excuse auprès des « sans réponses ». Je loupe systématiquement vos appels téléphoniques. Je n’arrive pas à prendre mon gsm en main quand il sonne et à décrocher à temps. Mes deux poignets limités dans leurs mouvements me permettent d’envoyer des sms. Je peux à l’occasion envoyer un mail, mais il faut que toutes les conditions soient réunies : ordinateur à portée de mains, quand j’ai une heure libre, cela vaut la peine de demander à mes anges gardiens en blanc de m’installer l’engin, de me le mettre sur ma petite tablette qui sert pour les repas, etc… Travailler sur une table est exclu (chaise électrique trop longue, pas proche d’une table).
On ne sait toujours pas si je retrouverai l’usage de mes jambes, même si la probabilité est très faible. Je vis au jour le jour, me concentrant sur les progrès en kiné et en ergo. Cela ne veut pas dire que je mets mes jambes de côté, mais ce n’est pas la priorité du moment. Je suis conscient que des signes de mobilité devraient apparaître dans les deux à trois mois après l’accident ; nous sommes à deux mois et demi… Ne pouvant renforcer mes bras (à cause des deux poignets immobilisés), ça avance lentement. L’évolution se voit dans des exercices de maintien en équilibre ou de redressement (j’en suis au niveau de tout petits enfants dans leur parc, entourés de coussins et de couvertures pour ne pas se faire mal quand ils tombent en cherchant leur équilibre…). Je tiens sans problème redressé sur une table (de redressement) pendant 20 minutes à condition d’avoir les jambes en mouvement, stimulées par une machine qui reproduit les mouvements de la marche. La circulation du sang étant meilleure, je ne tombe plus dans les pommes. Chaque jour m’apporte sa petite victoire. Les personnes qui m’entourent et me soignent sont terriblement motivantes, apportent leur expérience à chaque instant, me conseillent, relancent la machine. CHAPEAU à TOUTE l’équipe ! MERCI à TOUTE l’équipe ! Je peux dire de chaque personne qu’elles colorent mes journées de par leurs qualités, leurs attentions, leur prévenance, leur qualité d’écoute. La communication est extraordinaire d’un service à l’autre, d’un switch à l’autre. Je ne sais pas si ce que je vais dire est correct : j’ai deux vies. L’une ici à Pellenberg, où je suis porté, soutenu, soigné, encouragé, poussé, … par tout le personnel. L’autre, c’est ici à Pellenberg, où je suis porté, soutenu, encouragé, poussé, … par vous tous ! Je voudrais citer cette grande dame, Annaïck Laborné, qui parle des relations humaines en les comparant aux édifices religieux. Chaque pierre a sa raison d’être ; si on en enlève une, l’édifice risque d’être déséquilibré. Chaque pierre est solidaire des autres (solidaire : solides, ensemble !). Ensemble, nous formons un bel édifice ! Et pour les amis laïcs qui seraient troublés par l’idée de former un édifice religieux, imaginez un autre bâtiment moyenâgeux de votre choix ! J
Madicte est allée se reposer quelques jours à la mer avec Marie-Claire. Elle en est revenue avec une mine superbe ! Ce jeudi 28.8, nous avons été en consultation à Gasthuisberg pour elle, pour voir la suite du programme préventif. C’est dur pour elle, mais elle vous en parle elle-même. Merci pour toutes les pensées pour elle à cette occasion !
Je m’arrête ici : il y a trop longtemps que ce texte est en chantier ; il faut maintenant vous le livrer ! Chacune et chacun se retrouvera dans ce dernier mot : MERCI !

(deux chansons que j’écoute beaucoup ces derniers temps « Simply the Best » de  Tina Turner et « you’ll never walk alone » de Elvis Presley. Seuls les titres m’intéressent, ainsi que la mélodie.)

jeudi 28 août 2014

La vie est belle avec ou sans ...



Mon séjour à la mer avec mon amie Marie-Claire m'a fait un bien fou.  Je me suis vraiment sentie en vacances et heureuse de passer ces quelques jours en si bonne compagnie complice dans l'appartement où Pierre et moi aimons tant recharger nos batteries.

Pierre et moi avons été à Gasthuisberg ce jeudi (28/08) afin d'en savoir plus sur la suite du traitement que je devrai suivre. 
La présence de Pierre près de moi lors de la consultation m'a fait bcp de bien.  Ce n'est pas évident pour lui de me voir me battre contre cette maladie, souvent séparée de lui, alors qu'il aimerait être à mes côtés. Nous sommes présents l'un à l'autre dans nos cœurs et nos pensées à chaque instant de notre vie, mais ça fait du bien de pouvoir se tenir la main, se regarder et se comprendre pour s'aider mutuellement à tenir le coup face aux épreuves qu'il nous faut traverser.
La journée fut éprouvante, je savais que le traitement ne s'arrêterait pas à l'opération, vu que le type de cancer qui m'a touchée est fort agressif. Même si mon opération a permis de supprimer la tumeur cancéreuse et qu'il n'y a pas de métastases, l'équipe médicale estime qu'il est nécessaire, que je subisse préventivement un traitement de chimiothérapie et de radiothérapie. Celui-ci sera étalé sur plusieurs mois. J'ai demandé s'il y avait moyen de recevoir la chimiothérapie plus près de notre domicile, car ce serait plus simple et moins fatiguant pour moi plutôt que de me rendre chaque fois à Louvain.
Il y a heureusement une oncologue venant de Gasthuisberg qui pratique maintenant à la clinique de Sint-Truiden et qui entretient d'excellents rapports professionnels avec le professeur P. Neven qui m'a opérée. Mardi, le 2 septembre j'ai un rendez-vous avec elle.  Je voudrais lui demander de ne pas commencer trop vite le traitement afin de pouvoir encore reprendre du poids et des forces.

Je me sens démunie devant ce traitement invasif par lequel je devrai passer.  Avant d'aller chez mon médecin de famille en juillet  j'avais fait un rêve où je perdais les cheveux.  C'était sans doute prémonitoire, intuitivement je me doutais que ce kyste n'était pas si bénin.
J'ai du mal à m'imaginer que je vais perdre ces cheveux de cuivre qui sont pour moi, une caractéristique marquante de mon identité physique, bien plus qu'un sein qu'on peut remplacer par une prothèse.
Heureusement ça repousse, les cheveux, une fois que la chimio est terminée.  Il me faudra donc de la patience et de la foi.  Pierre me montre bien le chemin qu'il a tracé devant moi avec des cailloux lumineux.  Il se bat patiemment tous les jours pour récupérer ce qu'il peut de sa mobilité et de sa force physique. Son âme n'en est que plus belle et plus rayonnante. Il continue à dire que la vie est belle avec ou sans jambes.  J'apprendrai à dire: " La vie est belle avec ou sans seins, avec ou sans cheveux".